4 - Notre rencontre

 

Lorsque j'ai rencontré Jenaël :

 

Je suis arrivée la première fois dans l'Aude en juillet 2011, grâce à de surprenantes synchronicités. En compagnie de mon amie Adèle, nous nous étions décidées à y passer quelques jours. Nous avions entendu dire que dans cette région, se passaient des choses extraordinaires. Poussées par notre curiosité, nous nous sommes donc rendues au Pic de Bugarach.

 

À ce moment-là, j'étais loin de me douter que ma rencontre avec cette montagne mythique, allait changer le cours de ma vie. J'ai été profondément émue par la beauté des paysages, de la nature sauvage, des arbres majestueux, de la joie et de la plénitude que j'y retrouvais.

 

Ces lieux m'ont tellement bouleversée que de retour dans le Vaucluse, j'ai eu beaucoup de mal à reprendre mon quotidien. C'est alors qu'est né en moi, le besoin irrépressible de revenir sur cette terre de l'Aude, pour répondre à son puissant appel. Je pressentais déjà que j'allais bientôt être amenée à y vivre, mais ma logique ne pouvait l'admettre car cette subite envie de changer d'air, me paraissait totalement irréaliste.

 

En attendant, je me documentais sur internet quant à tout ce qui se rapportait à cette région et aux histoires la concernant. C'est alors qu'Adèle me parla d'un site d'une personne qui dialoguait avec son Ange, où apparaissaient des photos d'elfes, de fées, de lutins... et qui mentionnait l'épopée Cathare ainsi que des phénomènes mystérieux et magiques qui se passaient dans cette région. Je m'y suis donc plongée avec passion.

 

À chaque lecture, mon cœur bondissait dans ma poitrine. C'est ainsi qu'en parcourant ce site, j'ai découvert une partie de l'histoire Cathare qui m'était jusqu'alors inconnue. J'en pleurais à chaudes larmes sans en comprendre la raison. L'un de ces dialogues m'avait particulièrement troublée. En voici l'extrait :

 

 

"Il est extrêmement important que vous sachiez que vos mémoires de persécutions liées à vos incarnations Cathares n'ont plus lieu d'être. Il est essentiel que vos cellules se libèrent de leurs mémoires engrammées dans votre ADN afin que vous puissiez accéder à une conscience supérieure.

Beaucoup parmi vous sont montés sur le bûcher en chantant car "vous saviez" ! En tant que porteurs de la Connaissance, vous "saviez" que vous alliez à nouveau vous revoir dans une prochaine incarnation. Des femmes ont vu périr leurs enfants par les flammes, mais malgré leurs souffrances elles chantaient.

D'autres ont vu leurs frères et sœurs les devancer sur le bûcher, mais eux aussi "savaient".

Vous aviez au fond de votre cœur la foi en la vie éternelle. Vous revenez tous afin de tenir votre promesse de vous serrer à nouveau dans les bras des uns des autres. Vous revenez tous pour permettre à l'humanité de retrouver sa mémoire. Votre cœur s'en souvient, cependant votre conscience a oublié.

Aujourd'hui parmi vous, des femmes n'ont pas enfanté car la douleur du souvenir de leur enfant qui ont brûlé dans les flammes est restée gravée dans leurs mémoires cellulaires. Des hommes n'ont pas trouvé de compagne car la mémoire de leur amoureuse montant sur le bûcher les a meurtri dans l'Âme. Des femmes ont fermé leur cœur aux hommes de peur de les perdre à nouveau.

Permettez maintenant à votre Âme de se guérir de ces expériences douloureuses ! Permettez à vos cellules de se libérer en accordant votre pardon à vos anciens bourreaux. Pleurez vos émotions mais pleurez aussi votre joie, car vous vous êtes à nouveau retrouvés dans cette incarnation..."

 

 

Au fil de ma lecture, je ressentais qu'il fallait absolument que j'entre en contact avec Jenaël, l'auteur de ce site. Je pressentais qu'il avait quelque chose à me transmettre. Cette irrésistible envie de retourner visiter cette région devenait si pressante qu'elle obnubilait mes pensées.

 

Cette occasion me fut offerte trois semaines plus tard. Cette fois-ci, nous étions quatre amies pour vivre ce qui allait devenir une fabuleuse aventure. J'avais envoyé un courriel à Jenaël, l'informant de notre prochaine venue et lui demandait s'il était disponible pour nous faire visiter la région.

Le cœur en joie, me voilà repartie avec mes amies pour quatre jours d'expédition en pays Cathare. Nous avons alors visité des hauts-lieux, entrepris de grandes promenades à cheval et rêvé de fées et de lutins en dormant à la belle étoile au sommet du Pic de Bugarach. Ces rencontres et ces événements qui surviennent comme par hasard juste au bon moment, m'emplissaient de bonheur. Quel délice de nous laisser guider par la magie de la Vie.

 

À la veille de notre retour, après trois jours d'enchantement, nous avons enfin rencontré Jenaël. Il habitait un minuscule appartement dans une maison de village à Rennes-les-Bains. Nous avons frappé à sa porte et tels de vieux amis, il nous a embrassées puis invitées à partager son dîner, comme il avait l'habitude de le faire. Encore une fois, nous étions surprises de cette façon de nous accueillir, qui nous l'avons compris plus tard, nous ramenait à nos mémoires Cathares.

 

En toute simplicité lors de ce souper, Jenaël nous raconta sa vie et ses expériences depuis son arrivée dans l'Aude. Son histoire personnelle m'interpellait profondément. Bien que je ne sois pas familiarisée avec le vocabulaire appuyant son discours, je ressentais la sincérité qui en émanait. Effectivement, il parlait des expériences qu'il avait vécues avec des Êtres provenant d'autres dimensions et des histoires qui se rapportaient à la région.

 

En fin de soirée, nous convenions tous ensemble d'une excursion pour le lendemain matin. Toutes ces surprenantes conversations ont agrémenté nos rêves tout au long de notre nuit. Il va sans dire qu'à notre réveil, fatiguées et perplexes, nous étions cependant curieuses d'expérimenter cette nouvelle aventure. Jenaël nous a proposé de visiter la grotte de Marie-Madeleine dans la vallée des Couleurs, en contre-bas de Rennes-le-Château.

 

En débutant notre petite randonnée, il nous raconta qu'il y a quelques temps de cela, en voulant s'y rendre avec deux amis, bien qu'il connaissait parfaitement le sentier, il s'est cru égaré. Ce jour-là, impossible de parvenir à la grotte. Le sentier qu'il empruntait régulièrement, n'aboutissait nulle part. C'était à n'y rien comprendre. Il nous racontait qu'il avait cherché plus d'une heure durant le chemin de la grotte, sans jamais y parvenir. Impossible de retrouver les repères qui lui étaient si familiers. Le sentier s'arrêtait devant un énorme chêne et au-delà, des broussailles impénétrables lui barraient le chemin. Le lendemain, interpellé par cette étrange expérience, il décida d'y retourner. À sa grande surprise, il n'y avait plus de chêne, ni broussailles ! Il a donc pu se rendre à la grotte sans encombre, comme à l'accoutumée.

Ce récit me laissa songeuse, d'autant plus que nous marchions sur ce même sentier où s'était déroulée cette aventure pour le moins surprenante. "Est-ce que nous aussi risquions de passer dans un vortex temporel ?" me disais-je intérieurement.

 

C'est ainsi que Jenaël désignait cet étrange phénomène.

Comme pour étayer son anecdote, la magie de la Vie nous proposait une belle synchronicité. Dans cette petite vallée, vivait un curieux personnage qui passait tous les étés dans une tente. Il avait donc bourlingué dans les environs depuis des années et connaissait tout de l'histoire occulte de Rennes-le-Château et des phénomènes étranges qui survenaient. C'était un routier retraité, originaire de Rennes-le-Château qui nous relata lui aussi, des phénomènes mystérieux qui lui étaient arrivés.

 

Il nous raconta qu'il avait l'habitude de prendre un raccourci à pied depuis la vallée des Couleurs, pour rejoindre le village. Un jour sur le chemin, il se trouva nez à nez avec une ferme qui lui barrait l'accès à la route de Rennes-le-Château. Depuis vingt ans qu'il parcourrait ce sentier, il n'avait jamais vu cette ferme ! Poussé par sa curiosité, il ouvrit le portail et remarqua tout de suite qu'il se passait quelque chose d'anormal. Le sol était très boueux. Une vieille charrette en bois trônait au beau milieu de la cour. Des outils et des vêtements d'une autre époque étaient posés sur un banc. Vaches, cochons, poules, chiens et chats se côtoyaient librement dans la cour de la ferme, mais il ne trouva personne à qui s'adresser. Pris de panique, il rebroussa chemin jusqu'à son campement et s'allongea pour reprendre ses esprits.

 

 

À son réveil, il s'aperçut que ses chaussures étaient pleines de boue alors qu'il n'avait pas plu dans la région depuis fort longtemps. Remis de ses émotions, il décida de repartir sur ce même chemin pour essayer de comprendre. La ferme s'était volatilisée ! Il n'y avait que le sentier qu'il empruntait chaque jour !...

 

Nous étions abasourdies d'entendre de nos propres oreilles, cet autre récit qui corroborait celui de Jenaël. Pour la première fois, nous rencontrions des personnes qui pouvaient témoigner de phénomènes étranges qui se passaient dans cette région. Il ne s'agissait donc pas que de mythes, ni de légendes !!!

 

Poursuivant le chemin, des émotions indescriptibles émergèrent en moi. Nous arrivions en vue de la grotte. En réalité il y avait trois cavités. De la plus importante, partait des galeries qui s'enfonçaient sous terre. Ces cavernes m'inspiraient douceur et apaisement bien qu'encore perturbée par les récits que je venais d'entendre. En m'installant pour un moment de méditation, je m'aperçus que ces lieux m'étaient familiers. D'ailleurs, ils me réactivèrent de vagues souvenirs dont l'image d'accouchements, qui "je me rappelais vaguement", avaient été pratiqués dans la caverne où je méditais. Plus tard, Jenaël m'expliqua que les femmes esséniennes y accouchaient parfois, car les énergies telluriques y étaient propices.

 

Sur le chemin du retour, je me suis retrouvée à plusieurs reprises en présence de Jenaël qui lui, semblait être à mes petits soins (il faut savoir que la veille en faisant du cheval, je m'étais fait piétiner les orteils !).

"Mais d'où sort-il ce gars là ?" me demandais-je.

Je me rendais compte que son énergie ne m'était pas inconnue... Arrivés à nos voitures, nous allions nous séparer. Je pris soudainement conscience que je n'avais plus envie de repartir. Quelque chose s'était déclenché en moi, je sentais mon cœur se serrer. Jenaël en guise d'au revoir nous proposa une accolade fraternelle. Vint mon tour de l'enlacer. Au moment de nous prendre dans les bras, je fus littéralement foudroyée par une intense énergie qui me traversa le plexus. Décontenancée et sans mot dire, je montais dans la voiture pour me coller à la vitre, espérant voir un signe qui me permettrait de comprendre ce qui venait de m'arriver. Mais rien ne se passa...

 

Nous prîmes la route en lançant un dernier regard en direction de la vallée des Couleurs. C'est ainsi que je venais de rencontrer Jenaël pour la première fois. (Plus tard, j'ai su que c'était le jour de son cinquantième anniversaire.)

 

De retour dans le Vaucluse, mon chez moi me semblait bien fade. Je ne cessais de me questionner sur le sens de ma vie ici, tandis que toute la palette émotionnelle jaillissait en mon Être. Je me sentais triste et esseulée. Le sentiment de plénitude que je venais de vivre réveillait une profonde nostalgie du pays Cathare. En même temps, j'étais animée par un ineffable besoin de parler à Jenaël.

"Parler pour lui dire quoi ?" me disais-je.

Il me fallait absolument trouver une raison pour entrer en contact avec lui. Je venais enfin de découvrir un homme qui était à mon écoute et avec qui j'avais pu m'autoriser à m'exprimer sans retenue. Au bout de quelques jours, je finis par dépasser ma peur. Je me décidais alors à lui envoyer un courriel dans lequel je lui expliquais sincèrement et simplement mes ressentis et mes états d'Âme. "Advienne que pourra. Si cela est juste, sa réponse me le montrera", pensais-je remplie d'appréhension.

 

Je ressentais une profonde attraction envers lui mais à la fois, je n'avais aucune attirance physique ou amoureuse. Jamais, je n'avais connu une telle confusion dans mon esprit.

Après quelques jours, je reçus en guise de réponse deux phrases brèves me signifiant qu'il préférait me parler au téléphone. C'est ainsi que débutèrent de longues conversations passionnantes. Progressivement, celles-ci furent prétextes à laisser grandir un flot d'émotions enfouies au plus profond de mon Être. J'osais enfin parler de moi, de ma vie, de mon intimité, sans jamais entendre ni même ressentir de sa part, un quelconque jugement. Au rythme de deux appels par semaine, nos échanges ont duré près d'un mois. Au fur et à mesure de nos conversations, je pressentais que quelque chose était en train de se jouer entre nous. Mon attraction envers cet homme devenait de plus en plus intense, cependant il me semblait que lui, n'en avait pas autant conscience que moi. Comment pourrais-je m'y prendre pour l'amener à comprendre ce qui m'anime ?

 

Espérant trouver des réponses claires à mon questionnement, je me suis rendue à Saint-Gens, un haut-lieu énergétique du Vaucluse où j'avais pour habitude de pratiquer mes méditations. J'affectionnais particulièrement ce lieu, non pas pour son église mais pour sa quiétude, le calme et la beauté de la nature environnante. J'y retrouvais une certaine sérénité, d'autant plus que j'adorais m'étendre sur les branches d'un énorme et très vieux chêne sur lesquelles il m'arrivait parfois de m'assoupir.

 

Vieux chène à St Gens (84)
Vieux chène à St Gens (84)

 

Ce jour-là, quelque chose m'a poussé à entrer dans l'église. C'est ainsi que je me suis retrouvée seule, face au Christ suspendu sur sa croix. Je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi les hommes ont utilisé cette forme de torture comme symbole de leur religion. Je me suis alors installée pour méditer. Pensant à Jenaël je m'interrogeais : "Ai-je aussi un nom d'Âme comme lui ?".

Subitement, j'entendis une voix forte pénétrer ma conscience et me dire : "Kiristia". J'ai ouvert les yeux fixant le Christ, en éclatant de rire. "Kiristia ?!!! Mais tu te fous de moi ?!" me suis-je exclamée tout haut.

 

J'ai mis un bon moment pour me rendre compte que ce que j'avais entendu était bien réel. D'autant plus que la vibration de ce mot déclenchait en moi une émotion très vive et inexplicable. Bien évidemment en ce temps-là, je n'en connaissais absolument pas la signification. Totalement bouleversée, je me questionnais : "À qui pouvais-je raconter cela sans risquer de moqueries ?". Et ma pensée s'est tout naturellement orientée vers Jenaël.

 

Enfourchant mon vélo tout terrain, j'ai dévalé à toute allure le chemin qui me ramenait à la maison. Une fois arrivée chez moi, j'empoignais mon téléphone et m'empressais de lui rapporter ma surprenante aventure. Comme à l'accoutumée, il m'écouta attentivement et me demanda de préciser mes propos, sans craindre d'être ridicule. En lui annonçant le mot "Kiristia", un long silence s'instaura au téléphone. "Allô, allô... Es-tu toujours là ?"

Il me répondit alors d'un ton solennel :

– "J'arrive ! Il est temps que je te rencontre".

"Ça y est, il réagit ! Il était tant qu'il se réveille celui-là !" me disais-je.

 

Jenaël à cette époque-là, venait d'achever une tournée de conférences en Belgique et dans le nord de la France. Je savais donc que quelques jours me séparaient de son arrivée. Sans vouloir vraiment me l'avouer, je pressentais fortement déjà que s'il venait me voir, il allait s'installer dans la région. Une énorme joie m'envahit alors, cependant mêlée d'une panique incontrôlable. "Avais-je peur de le rencontrer à nouveau ?"...

Quelques jours plus tard, il m'annonça par téléphone qu'il était en route à une heure à peine de mon domicile. Je ressentis le stress monter en moi. "Comment allais-je gérer cette situation ?" pensais-je très inquiète.

 

Quand sa camionnette déboucha dans ma cour, j'étais dans tous mes états. Lorsqu'il vint à ma rencontre, quelle horreur ! Il était vêtu comme un lutin ! Il portait un tee-shirt très ample de couleur rouille, ainsi qu'un pantalon sarouel vert, bouffant, orné de motifs ethniques. Le choc ! Ce personnage qui s'avançait vers moi, sortait de tous les stéréotypes vestimentaires connus dans le Vaucluse. "Ce lutin venait-il vraiment d'une autre planète ? Était-ce bien lui qui stimulait ma joie lors de nos fascinantes conversations ?" me disais-je.

 

C'était à ne plus rien y comprendre. De plus, je le trouvais vieux avec ses cheveux grisonnants, blanc de peau, petit, trapu ! Moi qui avait l'habitude de fréquenter des apollons très grands, typés méditerranéens, me voilà servie...

Je l'ai "tout de même" invité à s'asseoir à ma terrasse et comme au téléphone, nous avions entamé une discussion passionnée jusqu'à la tombée de la nuit. L'énergie de cet homme me fascinait, néanmoins je tentais de faire abstraction de son physique et de sa tenue vestimentaire. Heureusement que lors de notre conversation, j'appris qu'il s'habillait de cette façon pour pouvoir être à l'aise durant ses longs trajets en camionnette.

 

Au moment de nous séparer, je lui proposais la salle de bain et de prendre ses aises sur le canapé pour lui éviter de dormir dans son camion aménagé. Bizarrement, je commençais lentement à me laisser apprivoiser par sa présence. Il m'apparaissait comme quelqu'un de très sensible, doux et sincère. J'étais éprise de nos conversations qui devenaient de plus en plus riches et captivantes, d'autant plus que nous nous apercevions que nos chemins de vie mutuels étaient étoffés en similitudes. Nous portions les mêmes blessures existentielles et nous savions que nous étions chacun dans un grand tournant de notre vie. Heureuse de sa présence, je me suis couchée ce soir-là, apaisée et soulagée.

 

Le lendemain matin, il était vêtu d'un jean et d'un polo, il n'était plus le "lutin" de la veille mais en comparaison de mes anciens compagnons, je le trouvais toujours aussi vieux. Je n'arrivais pas à me faire à son physique, toutefois nos échanges me passionnaient toujours autant.

 

Jenaël avait l'habitude de voyager sans se donner d'objectif, ni se soucier des horaires. Il avait appris à vivre en se laissant complètement porter par les signes et les synchronicités. Cette confiance qu'il plaçait dans sa vie, me surprenait et m'interpellait fortement. Il est resté ainsi une bonne quinzaine de jours chez moi. Ni l'un ni l'autre, avions envie de nous séparer. Je me familiarisais avec son énergie, même si je rejetais encore son apparence. Mon chakra du cœur se mettait souvent à tournoyer intensément, jusqu'à me donner des vertiges lorsqu'il s'approchait de moi. Je luttais entre ce que je voyais et ce que je ressentais. "Devais-je faire un choix ?" m'interrogeais-je.

 

Quelques jours plus tard, j'ai cédé à l'appel de mon cœur et c'est ainsi que nous avons passé notre première nuit ensemble. Jamais de toute ma vie, je n'ai vécu de tels instants. Nos rapports intimes nous ont soudainement et violemment propulsés dans d'autres espaces-temps. Je le connaissais déjà !!! Cette façon qu'il avait d'entrer en contact avec moi et de me caresser, m'était étrangement familière. Son langage corporel venait me rappeler des pratiques tantriques égyptiennes et esséniennes. Je reconnaissais parfaitement cette manière de nous faire monter mutuellement en énergie. Je commençais à être submergée par les émotions. Cette sensation de chaleur qui montait le long de ma colonne vertébrale, me propulsa à plusieurs reprises dans d'autres dimensions de mon existence, "mes autres vies". Je l'ai parfaitement reconnu à ce moment-là. Je venais enfin de le retrouver !

 

De nombreuses questions émergèrent alors en mon esprit. "Comment avais-je pu oublier tout cela ? Comment avais-je pu m'égarer à ce point dans ma vie... ?".

 

Je réalisais subitement qu'à travers mes ex-compagnons, je cherchais seulement à recouvrer les sensations qui allaient me permettre de réunir toutes les facettes de mon Âme. Curieusement, le rejet que je ressentais envers lui s'était évaporé comme par enchantement. "M'avait-on débranché la raison ?" pensais-je.

 

Je pouvais désormais me permettre d'explorer d'autres aspects de sa personnalité, ce que je fis les jours suivants. Nous étions en parfaite communion. Sa présence élevait incroyablement mes vibrations et comblait mon Âme. Durant cette semaine que nous avions pratiquement passée à huis-clos, j'ai vécu la magie, ressentant l'effusion de tout mon Être.

 

Un beau matin, je me suis réveillée et j'ai vu Jenaël encore endormi à mes côtés. Brusquement j'ai réalisé : "Mais qu'est-ce qui m'a pris ? Comment ai-je pu l'inviter dans mon lit ?"

À nouveau, je rejetais son physique et ses dix huit ans et demi de plus que moi ! Au petit déjeuner, j'ai quand même pris le courage de lui exprimer ma répulsion et mon mal-être. Jenaël m'écouta attentivement sans sourcilier et me répliqua :

– "D'accord, je comprends ton malaise, si tu veux je continue ma route."

Lorsqu'il prononça cette phrase, je sentis mon cœur se briser. "Quelqu'un m'avait-il replacé mon ego ?" me demandais-je.

 

Je me rendis compte que je ne voulais pas qu'il parte. Je lui proposais donc de patienter afin de reprendre mes esprits et de comprendre ce qui se passait en moi. Les nuits suivantes, lui sur le canapé et moi dans mon lit, je l'entendais parfois pleurer durant son sommeil et moi aussi, je vidais les boîtes de kleenex, seule dans ma chambre. Il m'était insupportable de le laisser souffrir mais à la fois, je ne pouvais faire autrement.

 

Un après-midi comme je devais m'absenter, je lui proposais mon vélo pour qu'il puisse aller visiter les environs. À mon retour, il me raconta ses incroyables aventures. Il s'était promené dans les parages et avait relevé plus d'une dizaine de pancartes "maison à louer". Toujours attentifs aux signes, il avait compris que "l'Univers" de cette façon-là, lui envoyait un message. Devait-il déménager ? Ma propriétaire qu'il rencontra alors pour la première fois, lui donna la réponse. Après les présentations, elle lui proposa immédiatement un appartement à louer chez une amie à elle, alors que Jenaël n'avait absolument rien demandé.

 

Par cette synchronicité, il en avait conclu qu'il allait devoir quitter l'Aude pour emménager ici. Dans la foulée, ma propriétaire le mena visiter cet appartement, situé à trois kilomètres de chez moi. De suite, un accord se concluait avec la maîtresse des lieux, enchantée de louer son bien avec une telle facilité. Jenaël allait donc retourner dans l'Aude pour préparer ses cartons.

J'étais stupéfaite de la vitesse à laquelle se plaçaient les événements. Il allait bientôt habiter dans les environs. Le compromis idéal, il allait vivre non pas chez moi mais à proximité. J'en étais soulagée. "L'Univers fait bien les choses !" estimais-je.

Il allait désormais pouvoir devenir mon ami. Or, toujours embarrassée par l'agitation du chakra de mon cœur, je sentais en mon for intérieur que quelque chose d'indéfinissable était en train de se jouer.

 

Jenaël retourna ainsi dans l'Aude pour préparer son déménagement. Les deux semaines qui passèrent étaient à nouveau animées par nos interminables conversations téléphoniques. Nous avions à tout moment des choses à nous raconter. J'avais hâte de le retrouver... en toute amitié bien évidemment !

 

De retour dans le Vaucluse, il arriva un soir avec sa camionnette attelée d'une petite remorque où était entassée la totalité de son déménagement. Il avait rendu les clés de son appartement de Rennes-les-Bains. Désormais, nous allions devenir voisin. Une nouvelle fois, Je lui proposais d'occuper mon canapé jusqu'au jour de l'emménagement.

À nouveau tiraillée entre ce double sentiment qui m'habitait, alors que je ne supportais pas sa présence, j'avais besoin d'être à ses côtés. Quel paradoxe ! Je n'arrivais toujours pas à cesser de le comparer à mes ex-apollons.

 

Le jour de son aménagement, lorsqu'il arriva à son futur domicile, la propriétaire était absente. Elle venait d'être hospitalisée d'urgence suite à une attaque cardiaque. Jenaël ce jour-là, n'a donc pu obtenir les clés. "Est-ce un nouveau signe de l'Univers ?" me souciais-je.

Par conséquent, je l'accueillis une nuit supplémentaire, ce qui relança mon mal-être.

Le lendemain, il se présenta encore à sa future résidence. Cette fois, il fut reçu par la fille de la propriétaire qui lui expliquait que sa mère étant hospitalisée, celle-ci avait remis toutes les procurations administratives à son fils. Il était dorénavant seul habilité à finaliser le contrat de bail. Mais en raison de conflits familiaux, celui-ci refusait catégoriquement de louer l'appartement. "Était-ce une plaisanterie de l'Univers ?" m'inquiétais-je encore.

 

Une nouvelle fois, Jenaël passa la nuit sur mon canapé. Je compris à ce moment-là, que quelque chose d'insensé se profilait. Cependant, mon esprit rationnel était incapable d'accepter ce que je commençais à percevoir. Il fallait impérativement trouver une solution pour qu'il reparte rapidement de chez moi.

 

Ma propriétaire qui avait plus d'un tour dans son sac avait annoncé à Jenaël, avant qu'il ne retourne dans l'Aude préparer son déménagement, qu'elle connaissait dans ses relations deux autres appartements à louer. Puisqu'elle nous l'avait proposé, nous décidâmes donc de la solliciter afin qu'elle fasse appel à son relationnel.

 

Lorsque le lendemain, elle nous annonça que les deux habitations venaient tout juste d'être louées, nous avions compris la mauvaise blague. J'avais bien flairé la farce que nous jouait "l'Univers" ! La guidance de nos Âmes faisait en sorte de nous rapprocher coûte que coûte. Jenaël ne pouvait même pas dormir dans sa camionnette encombrée jusqu'au plafond. Nous n'avions donc plus le choix. Nous étions tous deux résignés à devoir cohabiter, le temps de trouver une solution. Évidemment cette solution ne se présenta jamais, malgré tout nos efforts pour trouver une autre location. Il était définitivement coincé chez moi. Je savais que mon Âme m'obligeait à accepter ces circonstances, mais comment faire pour tolérer quelqu'un qui m'indispose ?

 

J'avais beaucoup de difficulté à supporter ce sentiment d'attraction-répulsion que me provoquait sa présence. Toutefois, lui aussi voyait au-delà des apparences. Il avait compris que ces circonstances n'étaient pas dues au hasard, ni à la fatalité. Il savait que nous n'avions pas d'autre choix que d'accepter cette situation telle qu'elle se présentait. Il m'affirmait sans cesse que nous avions à en grandir.

De mon côté, ma lutte intérieure me faisait bouillir. Je ne cessais de pleurer, toutefois j'étais incapable de l'obliger à partir. Dans ces moments difficiles, il me disait :

– "Accepte la situation telle qu'elle est, si tu la refuses et que tu luttes pour essayer de la changer, aucune autre solution ne pourra se présenter ".

Je me disais en moi même: " Non mais j'y crois pas ! Accepte, accepte, accepte... Il n'abuse pas un peu celui-là !

Comment accepter l'inacceptable ? Pourtant elle était là la solution et il m'aura fallu de longues semaines pour le comprendre...

 

Aussi désolé que moi, Jenaël dormait toujours sur le canapé. Il était néanmoins très patient et conciliant, comme s'il connaissait déjà l'aboutissement de notre histoire.

 

Enfin ce jour arriva, c'était le 11.11.11. Nous étions invités à une journée conviviale de rencontre, méditation, partage musical... Jenaël étant musicien, il se retrouva à animer un cercle de danse improvisé. Je le vis ainsi pour la première fois jouer du djembé, de la flûte, du cithare... avec un engouement et une aisance qui m'a subjuguée. Je remarquais autour de moi que les autres personnes présentes étaient elles aussi, en admiration et exultaient de joie. Tout le monde chantait, dansait et se laissait enivrer par cette énergie d'allégresse. Soudain, je perçus Jenaël sous un jour nouveau. Il n'était plus le même. Je venais de redécouvrir sa véritable identité, celle que mon Âme connaissait déjà. Mon cœur se réjouissait de ces retrouvailles.

 

Sur le chemin du retour, je lui ai promis d'arrêter de l'ennuyer et que dorénavant j'étais prête à accepter sa présence. Il n'avait plus à se soucier d'être sous mon toit, ni urgence à trouver un logement. Ainsi notre relation s'est progressivement équilibrée même si parfois quelques soubresauts égotiques de ma part, lui suggéraient à nouveau de s'activer dans ses recherches de location. Cependant, je prenais conscience que ces conjonctures douloureuses qui m'avaient fait tant pleurer, étaient uniquement liées à mes propres résistances puisque dans les moments où j'arrivais à les oublier, notre relation devenait parfaitement harmonieuse.

 

J'avais tout simplement peur du "qu'en dira-t-on". Je m'en suis vraiment aperçue, lorsqu'un jour nous promenant au marché, je me rendis compte que je me sentais gênée de me montrer en sa compagnie. Évidemment, il n'avait rien en commun avec les étalons que j'avais l'habitude d'exhiber. Mon ego venait de se prendre une nouvelle gifle ! Une fois de plus, je sentis des larmes ruisseler sur mes joues, en réalisant que toute ma vie était bâtie sur du paraître. Je comprenais soudainement qu'en permanence, je cherchais à me valoriser aux yeux de ma famille, de mes amis, de la société... à travers mes conquêtes. Je venais de découvrir que j'avais toujours été profondément blessée dans mon estime.

 

En osant véritablement regarder mon passé, je compris que les qualités de mes anciens compagnons étaient devenues prétextes à gagner la bénédiction de mes parents. Je réalisais également que dans mes schémas inconscients, j'étais toujours en recherche d'un homme ressemblant à mon père, possédant son savoir-faire, et un charisme pouvant séduire ma mère.

Comment avais-je pu nourrir ces schémas primitifs durant toutes ces années au détriment de mon véritable bonheur ? Je pris alors conscience du pourquoi je rejetais Jenaël avec autant d'insistance et qu'en même temps, j'étais incapable de m'en séparer. Cette fois-ci, j'étais décidée de ne plus me laisser dérouter par mes peurs et mes propres projections. Je venais d'accepter que je devais simplement répondre à l'appel de mon cœur.

 

Au fil des semaines, Jenaël a fini par ne plus être un poids. Je ne m'interrogeais plus pour savoir s'il devait partir ou rester. "Laissons faire les choses... Finalement, je ne suis pas si mal avec lui !" me disais-je.

 

Assurément, je me sentais de mieux en mieux en sa présence. Nous partagions nos activités journalières dans la fluidité et une réelle harmonie était en train de grandir. Nous étions en train de devenir véritablement partenaires et complices. Entrevoyant le résultat de mon lâcher-prise, je réalisais que j'étais enfin en train de me libérer de ce schéma de dévalorisation que je transportais depuis mon adolescence et qui m'était profondément préjudiciable. Je venais de l'accepter quand Jenaël réceptionna coup sur coup, plusieurs offres de location pour un appartement. "L'Univers venait-il à nouveau me tester ? Étais-je prête à le laisser filer ?" me demandais-je. "Certainement pas ! Il est hors de question qu'il reparte !"

 

Dorénavant, nous cheminions ensemble. Me sentant de plus en plus en confiance avec lui, il m'invita alors à témoigner de mon propre parcours lors d'une conférence qui avait été organisée dans la région. Je commençais également à mettre mon nez dans ses écrits, me contentant tout d'abord de corriger et modifier certaines tournures de phrase. Évidement, il n'était pas facile de marier les formules grammaticales du patois alsacien au jargon et à la faconde féminine méditerranéenne ! En corrigeant ses textes, je ressentais que certains d'entre eux me connectaient à de nouvelles mémoires sur d'autres plans d'incarnation. J'étais passionnée et fascinée par ses récits relatifs aux origines de l'humanité et par toutes les thèses qu'il développait sur les lignées reptiliennes.

 

Désormais, nous cheminions à deux

 

Au fur et à mesure de notre partenariat, je lui faisais part de mon souhait de m'installer à mon compte et d'ouvrir mon cabinet de kinésiologie intuitive. Depuis fort longtemps, animée d'un élan à devenir praticienne ou thérapeute, j'ambitionnais de mettre en pratique mes compétences afin d'accompagner les gens à dénouer leurs difficultés et leur mal-être quotidien.

C'est ainsi que je trouvais l'occasion de m'établir avec une thérapeute de mon quartier. Elle aussi venait de terminer sa formation de praticienne. Mon rêve allait enfin s'exaucer. Curieusement, je ressentais cette boule au ventre qui parfois m'alertait lorsque je ne prenais pas la bonne direction.

"Avais-je peur ? Était-ce réellement une guidance de mon Âme ? Finalement, pourquoi devenir thérapeute ?" me demandais-je.

Faisant part à Jenaël de mon hésitation et de mes questionnements, il prit garde de ne pas m'influencer et me rétorqua simplement :

– "Si tu ne fais pas l'expérience, tu n'auras jamais les réponses. Néanmoins sois attentive aux signes."

 

Je décidais donc d'aller au bout de mon expérience en proposant dans mon cabinet des soins énergétiques, en complément de la kinésiologie. J'utilisais aussi quelques notions de décodage des maladies, en me fiant surtout à ma propre intuition. Je commençais à avoir de bons résultats, le bouche à oreille fit le reste. Parallèlement, Jenaël et moi étions régulièrement amenés à animer des conférences sur le couple, les Êtres de la nature, la multidimensionnalité de l'Être...

Lors de ces conférences, certaines personnes présentes nous sollicitaient pour des consultations en binôme, ce que nous avions alors entrepris. De ce fait, notre clientèle s'était sensiblement développée. Toutefois lorsqu'il m'arrivait d'exercer seule, quelque chose me mettait mal à l'aise. "Observes les signes" me rappelais-je.

Notre clientèle grandissait. "Voilà le bon signe !" me disais-je pour me rassurer. Toutefois, j'avais toujours ce nœud au ventre.

 

Un beau jour après un long week-end, en me rendant au cabinet, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir au dessus de la porte d'entrée, une caméra de surveillance et tout un dispositif de sécurité que ma partenaire, propriétaire des lieux, avait fait installer. Le choc !

"Comment pouvais-je demander à mes clients de faire confiance en la vie et leur apprendre à lâcher leurs peurs, si au‑dessus de mon propre cabinet était installé un système de sécurité !" me disais-je.

Il était là, le signe que j'attendais ! Je venais enfin de déceler la cause de mon mal-être.

"Quel exemple donnions-nous à notre clientèle ?! Cette caméra n'était-elle pas révélatrice de notre peur profonde de l'insécurité ? Moi qui enseignais le détachement, la confiance, la sécurité intérieure... !"

 

Je savais par expérience qu'en apprenant à vivre en toute confiance, la loi universelle de cause à effet, nous offrait la sécurité absolue. Cette caméra de sécurité était donc un non-sens pour mon éthique.

Dès cet instant, je ne me sentis plus le droit de donner des conseils de vie à ces personnes si moi-même je n'étais pas en mesure de les appliquer. Presque instantanément, cette sensation de boule au ventre disparut. Je venais de mettre le doigt sur quelque chose d'essentiel. Je perçus le message symbolique que me révélait "l'Univers". "Avant de m'occuper des autres, n'était-il pas plus sage que je m'occupe d'abord de moi-même ?".

 

Les questions affluèrent dans mon esprit : "Pourquoi étais-je devenue thérapeute ? Pourquoi tenais-je tant à soigner les autres ? Peut-être était-ce pour soigner mes propres maux à travers l'autre ?"

Pourtant depuis l'enfance, je croyais que c'était mon dessein, l'objectif de ma vie d'adulte.

À partir du moment où avec la plus grande des sincérité je me suis posée ces questions, le langage des oiseaux me donna les réponses. Des "étincelles d'illumination" jaillissaient dans ma conscience. Ce langage magique et symbolique me révéla le mot "thérapeutiser" qui signifait : "te-rapetisser".

"Mais que voulais-je rapetisser et surtout qui ?" me demandais-je.

 

À travers ma pratique, je croyais réellement aider l'autre et j'y mettais toute mon énergie. Je me servais déjà de l'effet miroir et de ses applications mais seulement dans un sens, ce qui en tant que thérapeute m'arrangeait bien ! Cette caméra au-dessus de mon cabinet, hantait mes pensées. "Que devais-je comprendre, quel en est le signe ?" m'interrogeais-je.

 

Je savais déjà que l'objectif de la caméra représentait symboliquement mon œil, ma façon de voir le monde. Lorsque j'ai saisi que l'optique "grand angle" de la caméra rapetissait la réalité, je réalisais aussitôt que le "grand thérapeute" que j'ambitionnais de devenir, rapetissait et relativisait la souffrance de l'autre pour ne pas réveiller la sienne.

Lorsque je m'occupais d'autrui, je compris très rapidement que c'était la meilleure façon de dénigrer mes propres souffrances et de les balayer sous le tapis. D'ailleurs comme "par hasard", nombreux de mes clients portaient des schémas de vie identiques aux miens.

 

Ces évidences ébranlèrent mon ego. Je portais le programme du héros-sauveur, celui‑là même que j'excellais à détecter chez mes patients. Ce fonctionnement pervers me permettait de refouler mes propres souffrances. Je venais de percevoir pourquoi Jenaël m'avait encouragé à aller au bout de mon expérience. Je devais comprendre les choses et les intégrer par moi-même.

Le lendemain, j'annulais mes rendez-vous, restituais les clés du cabinet et mettais mon auto-entreprise en cessation d'activité. D'avoir contacté cette profonde insécurité en moi me décida alors de clore définitivement cette page de ma vie ! Fini les horaires, les agendas, les rendez-vous, les obligations... "Mais purée qu'elle prison !" m'exclamais-je.

 

Je n'en revenais pas ! Toutes ces restrictions et limitations que je m'imposais pour pallier mes peurs et pour faire comme les autres, m'explosèrent en pleine figure. Je travaillais uniquement pour me rassurer parce qu'effectivement, j'avais peur. Tout au long de mon existence, je recherchais des limites, des cadres et des repères pour me sécuriser.

Désormais, tout comme Jenaël, j'étais déterminée à faire confiance et à me laisser guider par le flux de la Vie. Apprendre à vivre libre de toutes contraintes et s'assumer soi-même tout en étant responsable, est la Voie que dorénavant je décidai de suivre. Et c'est ce qui arriva !

 

Quelques semaines s'écoulèrent lorsque la magie de la vie nous proposa cette nouvelle occurrence que j'attendais tant. Nous envisagions de trouver une location plus grande dans les environs pour accueillir notre nouveau couple, mais les synchronicités avaient décidé autrement ! Elles nous proposaient des vacances ! Pour la première fois de ma vie, je pouvais enfin m'offrir des congés illimités ! Je n'avais plus à appréhender le retour au travail. Pourtant très vite, je me retrouvais face à un nouveau dilemme.

– "Comment allais-je gagner ma vie ? Que vais-je faire maintenant ?" demandais-je à Jenaël.

– "Mais pourquoi veux-tu gagner ta vie ? La vie n'est pas une loterie. Tu n'as pas à la gagner. Tout ce que tu as à faire est d'apprendre à vivre sans te poser ni limites, ni restrictions !" me dit-il alors. "La vie te propose maintenant de suivre son cours en apprenant à te faire confiance et en te laissant guider par ton "Ange gardien".

– "Ohlala... Tu as trop regardé de séries télévisées !" répliquais-je en me moquant de lui. Cependant, je savais qu'il avait raison puisqu'il m'avait déjà fait part à de nombreuses reprises, de ses expériences avec son Ange.

– "Pourquoi ris-tu ? Toi aussi tu as ton Ange gardien ! Observes les choses et tu le découvriras par toi-même.

Ta société qui ne licenciait jamais personne, t'as déroulé le tapis rouge pour que tu puisses obtenir les indemnités de licenciements et de chômage. Cela s'est fait spontanément et sans encombre".

Tu as trouvé à déménager sans aucune difficulté, simplement en suivant les signes et écoutant ton intuition.

Je suis arrivé dans ta vie en me laissant aussi guider par les signes et regarde où est-ce que nous en sommes rendus.

Ces exemples signifient que si nous ne cherchons pas à contrôler les situations, celles‑ci se placent d'elles‑mêmes et toujours pour notre plus grand bien. Ce qui prouve aussi qu'en apprenant à dépasser nos peurs en ayant foi, nous permettons à notre guidance supérieure de se mettre en action. Cela démontre bien que nous sommes guidés et qu'absolument rien n'est dû au hasard.

 

J'étais tout à fait d'accord avec Jenaël. Néanmoins, j'avais peur de m'offrir la liberté que les circonstances me proposaient. "Que va-t-on penser de moi ? Que vont me dire ma famille, mes amis ?"

Peu à peu, je commençais à percevoir ma culpabilité. Je pensais à mes grands-parents qui avaient vécu les affres de la guerre et la restriction durant toute leur vie. Bien entendu de la même manière qu'ils l'ont inculqué à mes parents, je croyais moi aussi qu'il faille travailler dur pour mériter de vivre. D'ailleurs à l'âge de neuf ans, j'aidais déjà mon père à tenir son commerce et à quinze ans, je gérais un stand sur les marchés.

"Comment puis-je aujourd'hui m'autoriser à penser autrement que ce qu'ils m'ont inculquée ?"

Devais-je renier toute l'éducation que j'avais reçue ? Et maintenant, le système de protection sociale allait me donner de l'argent sans que je travaille ! Je devais vivre au crochet de la société et cette idée m'était insupportable. Cependant, mon envie de liberté était bien plus forte. Je devais absolument me défaire de ces schémas de survie et de culpabilité, quoi qu'il arrive et quoi qu'on en dise.

Comme Jenaël, j'ai décidé de faire fi du qu'en-dira-t-on et d'apprendre à me libérer de mes conditionnements.

 

La suite : Le Bézu (à venir)

 

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